Trois articles : Pédagogie de la résonance, IA et invention de l’écriture, Crise de l’attention à l’ère des écrans

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1) ChatGPT ou l’illusion du dialogue : comprendre comment l’IA modifie le rapport au savoir, avec la philosophie d’Hartmut Rosa

The Conversation : 3 février 2026, 15:29
Frédéric Bernard
Maître de conférences en neuropsychologie, Université de Strasbourg

L’article analyse l’usage de ChatGPT en contexte éducatif à partir de la notion de « résonance » chez Hartmut Rosa. Pour Rosa [Hartmut Rosa : Pédagogie de la résonance : Entretiens avec Wolfgang Endres, Le Pommier, 2022], une relation résonante au savoir suppose qu’un contenu nous affecte (surprise, trouble, intérêt), appelle une réponse active, et nous transforme durablement, tout en restant partiellement indisponible et non maîtrisable : ce qui est totalement contrôlable devient « muet ». Or ChatGPT se caractérise précisément par l’hyper-disponibilité : réponses immédiates, adaptation au niveau et aux attentes, reformulations à la demande. Cette fluidité peut donner l’illusion d’un dialogue vivant et soutenant, mais l’article insiste sur une asymétrie fondamentale : l’utilisateur peut être touché et transformé, tandis que l’agent conversationnel, lui, n’est ni affecté ni engagé et ne garde aucune « trace existentielle » de l’échange. Même ses erreurs (« hallucinations ») ne constituent pas une résistance signifiante du monde, mais un dysfonctionnement probabiliste qui fragilise la confiance. La comparaison avec le livre éclaire le point : l’opacité, le rythme imposé et la résistance d’un texte peuvent justement ouvrir à la résonance.

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2) L’IA dans l’enseignement supérieur : les leçons de Platon et du mythe de Theuth

The Conversation : 5 janvier 2025, 10:58
Pascal Lardellier
Professeur, chercheur au laboratoire CIMEOS et à IGENSIA-Education, Université Bourgogne Europe
Emmanuel Carré
Professeur, directeur de Excelia Communication School, Excelia

Le mythe de Theuth (dans le Phèdre de Plaron) éclaire les débats actuels sur l’IA générative à l’université. Dans le récit, Theuth présente l’écriture comme un remède pour la mémoire et la sagesse ; le roi Thamous répond que l’invention risque surtout de produire l’oubli et une apparence de savoir : on croira savoir sans avoir réellement compris. L’article soutient que l’IA rejoue ce vieux dilemme des « outils cognitifs » : elle peut faciliter des tâches utiles (synthétiser, traduire, explorer une bibliographie, proposer une méthodologie), mais elle peut aussi encourager un usage paresseux qui délègue à la machine des opérations intellectuelles structurantes.

Les auteurs critique les usages de l’IA en tant que prothèse (qui remplace une fonction et peut l’atrophier),  et propose plutôt de la penser comme un “orthèse cognitive” (qui soutient et augmente des capacités humaines déjà présentes). Des travaux empiriques appuyent l’idée qu’un usage guidé peut améliorer l’apprentissage (notamment en mathématiques) et stimuler des compétences métacognitives, à condition de maintenir l’appropriation par l’étudiant. L’article souligne enfin le risque d’illusions via un sentiment de dialogue qui court circuite des médiations et des automatismes cognitifs essentiels (sources, critique, validation).

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3) « Panser » les écrans et les esprits : éducation et attention en milieu numérique

The conversation 15 décembre 2021, 21:41
Anne Alombert
Chercheuse associée à l’IRePh (Institut de Recherches Philosophiques), Université Paris Nanterre

L’article d’Anne Alombert analyse la crise contemporaine de l’attention à l’ère des écrans en reliant enjeux éducatifs, santé mentale et économie des plateformes. Il part du constat que les dispositifs numériques (smartphones, applications, notifications) sont largement conçus pour capter l’attention et maximiser l’engagement, au point d’instaurer une sollicitation quasi permanente. Cette logique, renforcée par les algorithmes, favorise des comportements réflexes, une surcharge informationnelle et des usages compulsifs, dont les effets se font sentir chez les enfants, les adolescents, mais aussi chez les enseignants, les chercheurs et les soignants.

Face à cette “marchandisation” des ressources attentionnelles, l’article plaide pour une double réponse : d’un côté, une recherche fondamentale sur les relations entre techniques, psychisme et société ; de l’autre, une recherche-action inspirée de Bernard Stiegler, fondée sur des collectifs capables d’expérimenter des alternatives. L’autrice oppose ainsi les approches de “captologie” et des “technologies persuasives” à une perspective “organologique” visant des technologies contributives : des outils qui soutiennent l’expression, la réflexivité, le débat, et la construction d’un monde commun. Enfin, elle rappelle que les savoirs ne se réduisent pas à l’information ni au traitement de données : apprendre suppose des médiations, des règles partagées et la capacité de transformer ce qui est hérité.

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Dernière mise à jour le 2 mars 2026

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